Métaux et biodiversité : une relation qui pèse.
Article rédigé par Blooming dans le cadre de sa série de décryptage « Nature et industrie : éclairer l’interdépendance des activités humaines avec la biodiversité au travers des matières qui font notre quotidien ».
Des métaux omniprésents, visibles et invisibles dans nos vies
Les métaux sont partout dans notre quotidien, parfois de manière très visible (dans nos voitures, nos bâtiments ou nos appareils électroménagers) et parfois beaucoup plus discrète, presque invisible, au cœur des infrastructures qui rendent nos modes de vie possibles (par exemple les câbles sous-marins assurant les communications Internet mondiales, les réseaux électriques ou les datacenters). Chaque foyer français possède ainsi près d’une centaine1 d’équipements électriques et électroniques, constitués à 60 % de métaux².

Stockage de déchets métalliques (source : Pixabay)
Les métaux sont également omniprésents dans nos déplacements — moyens de transport constitués en grande partie d’acier ou d’aluminium —, dans nos bâtiments et infrastructures, qui représentent 52 % de la demande mondiale en acier3, dans nos objets et services numériques reposant notamment sur le cuivre, le fer et les terres rares4, et jusque dans notre alimentation (conserves, canettes, opercules, couverts, casseroles, poêles).
Des chaînes de valeur métalliques aux impacts multiples
Extraction, transformation : des pressions majeures sur les écosystèmes
L’impact majeur des métaux sur la biodiversité réside dans le changement d’usage des sols, qui conduit à la disparition, la dégradation et la fragmentation des habitats naturels. Il s’agit aujourd’hui du premier facteur d’érosion de la biodiversité mondiale, et également de la principale pression exercée par les activités minières sur les écosystèmes : « l’exploitation minière est le quatrième facteur le plus important de déforestation directe et pourrait déjà affecter jusqu’à un tiers des écosystèmes forestiers mondiaux si l’on tient compte des impacts indirects. » (World Economic Forum5).

Mine en Autriche (source : Unsplash)
En effet, les métaux proviennent tous initialement de mines, où ils sont extraits sous forme de minerais métalliques. Par exemple, l’aluminium est fabriqué à partir de bauxite, une roche sédimentaire riche en alumine. Par leur étendue, leur fonctionnement et leur localisation, les mines ont des impacts significatifs sur la biodiversité.
Premièrement, l’extraction nécessite de creuser le sol à des profondeurs variables, influençant directement l’emprise au sol des projets et la consommation de combustibles fossiles nécessaires à leur exploitation (engins, énergie) ou encore d’explosifs. En raison de la faible concentration des gisements et de leur profondeur, l’extraction du cuivre peut nécessiter des excavations atteignant 850 mètres de profondeur6, comme dans la mine de Chuquicamata, la deuxième plus grande mine à ciel ouvert du monde. À l’inverse, la bauxite est généralement concentrée dans des couches superficielles. La mine de bauxite de Weipa, en Australie, la plus grande au monde, s’étend ainsi sur environ 380 000 hectares7.
Ensuite, seule une fraction minime de la matière excavée est valorisée ; le reste constitue des stériles ou résidus miniers. Ces résidus contiennent des minéraux sulfurés susceptibles de réagir au contact de l’eau et de l’oxygène pour générer un drainage minier acide8.
Ce phénomène correspond à des écoulements d’eaux très acides pouvant s’infiltrer dans les nappes phréatiques ou ruisseler en surface. Ces eaux contiennent souvent des métaux lourds et ont des impacts importants sur les écosystèmes, très peu d’espèces végétales étant adaptées à des milieux fortement acidifiés9. Selon le Forum Économique Mondial, près d’un tiers des résidus miniers seraient stockés dans ou à proximité de zones de conservation et de protection.

L’étendue d’un stockage de boues rouges dans une zone d’estuaire en Australie, de la taille d’une ville (Google maps)
Le raffinage des métaux engendre lui aussi de nombreux impacts sur la nature. En reprenant l’exemple de l’aluminium, la production d’une tonne de ce métal génère environ deux tonnes10 de boues rouges, résidus issus de l’extraction de l’alumine contenue dans la bauxite. Ces boues contiennent des teneurs élevées en fer, titane et autres métaux lourds. Elles sont souvent stockées dans des bassins à proximité directe des raffineries d’alumine, une méthode qui n’empêche pas toujours les contaminations des sols et des eaux souterraines.
Le raffinage est également très énergivore. À lui seul, le secteur de l’aluminium est responsable de 2 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre11, soit quasiment autant que l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne réunis12 en 2021. Pour l’aluminium par exemple, les raffineries sont majoritairement implantées en bord de mer ou le long de cours d’eau afin de bénéficier d’infrastructures portuaires ou fluviales adaptées à l’approvisionnement en bauxite et à l’expédition de l’alumine. La mise en place de ces installations a souvent entraîné un changement d’usage des sols des zones aquatiques et côtières, perturbant voire détruisant les habitats naturels existants. De même, les infrastructures ferroviaires, routières, les convoyeurs et les canalisations construits pour les besoins des usines fragmentent les espaces naturels et contribuent à la dégradation des écosystèmes environnants.
L’acier, l’un des métaux les plus produits au monde, est un alliage de fer et de carbone fabriqué dans des hauts fourneaux à partir de coke, un dérivé de la houille. Sa production est donc particulièrement émettrice de gaz à effet de serre : les aciéries figurent ainsi parmi les sites industriels les plus émetteurs de France13.
Les procédés métallurgiques dépendent également du charbon de bois, utilisé dans certaines phases de réduction des minerais ou de traitement thermique afin de limiter l’oxydation des pièces métalliques. Or, la production de charbon de bois peut générer d’importants changements d’usage des sols, exacerbés si les forêts ne bénéficient pas d’une sylviculture durable : il faut entre 4 et 12 tonnes de bois sec pour produire une tonne de charbon de bois14.
Le risque de la fuite en avant… dans les océans.
Face aux tensions croissantes autour des métaux stratégiques, une solution récemment envisagée par l’industrie minière consiste à exploiter les nodules polymétalliques situés dans les plaines abyssales, entre 4 et 6 km sous la surface des océans. Ces galets riches en métaux — notamment fer, nickel ou cuivre — se forment sur plusieurs dizaines de milliers d’années par précipitation des métaux dissous dans l’eau de mer. Cette perspective apparaît prometteuse pour réduire la dépendance de certains États aux importations. La France, via son contrat d’exploration dans la zone Clarion-Clipperton, pourrait par exemple accéder à 34 milliards15 de tonnes de nodules, contenant environ 340 millions15 de tonnes de nickel et 275 millions15 de tonnes de cuivre. Toutefois, l’exploitation des fonds marins pourrait engendrer des impacts majeurs sur une biodiversité encore largement méconnue : 90 %15 des espèces observées dans les zones à nodules sont nouvelles pour la science.
Des impacts directs sur les populations et les territoires
Par la perturbation des services écosystémiques d’approvisionnement, de régulation et culturels sur lesquels reposent les communautés locales et peuples autochtones, les impacts des phases d’extraction et de raffinage des métaux sont également sociaux. On peut notamment citer la fragmentation de territoires revêtant une forte importance culturelle ou spirituelle pour certains peuples indigènes5.
L’exploitation minière peut aussi avoir des conséquences directes sur la santé des populations locales : « Au moins 23 millions de personnes vivent actuellement dans des plaines inondables contaminées par des concentrations potentiellement dangereuses de déchets toxiques provenant d’activités d’extraction minière de métaux » (World Economic Forum5).
Enfin, les conditions de stockage des résidus miniers conduisent régulièrement à des catastrophes humaines et environnementales, comme lors de la rupture du barrage de Brumadinho au Brésil en 2019 : une vague de onze millions de mètres cubes16 de boue a causé la mort de plus de 270 personnes16 et dévasté de vastes zones forestières et agricoles avant d’atteindre la rivière Paraopeba, perturbant profondément l’écosystème aquatique associé.
Une industrie minière fortement dépendante des services écosystémiques
Les activités minières sont fortement dépendantes de certains services écosystémiques. En matière d’approvisionnement, elles reposent largement sur la disponibilité en eau. Par exemple, dans le Salar d’Atacama au Chili, l’extraction du lithium et du cuivre aurait déjà consommé plus de 65 %5 des ressources locales en eau.
Les mines dépendent également fortement des services de régulation du climat pour assurer le bon déroulement de leurs opérations, ainsi que des services de purification de l’eau nécessaires au traitement et à la détoxification de leurs effluents.
Des ressources critiques au cœur des tensions économiques mondiales
Si les métaux sont omniprésents dans notre quotidien, cette dépendance aux ressources minérales ne devrait pas diminuer dans les années à venir. La transition énergétique devrait en effet entraîner une forte hausse de la demande de certains métaux. Pour la fabrication des batteries de véhicules électriques, la demande en lithium pourrait être multipliée par 40(17) d’ici 2040, celle en graphite et en cobalt par plus de 20(17). De même, le développement du parc éolien pourrait multiplier par 7(17) la demande en terres rares.
À l’échelle de l’Union européenne, dans un scénario de forte demande, certains besoins pourraient également exploser : la demande en aluminium pourrait être multipliée par plus de 6 d’ici 205018, celle en cuivre par 10(18) et celle en nickel par 16(18). Ces métaux deviennent ainsi des matières premières critiques et stratégiques, du fait de leur importance économique et du risque élevé de pénurie18. Sur les 30 matières critiques identifiées par l’Union européenne, celle-ci n’en produit que 3 %17, tandis que plus de 50 %17 proviennent de Chine. L’exemple des terres rares est particulièrement révélateur : ces métaux intégrés à nos écrans, téléphones, ampoules et batteries sont produits à 86 %17 par la Chine, et l’Union européenne dépend à 100%18 de Pékin pour son approvisionnement en terres rares lourdes.
Une responsabilité… mais également des opportunités
Face à ces impacts et dépendances, les industriels faisant appels aux métaux se trouvent aujourd’hui à un tournant : la nature et sa biodiversité ne peuvent plus être considérées uniquement comme une préoccupation environnementale, mais bien comme un enjeu stratégique incontournable.
Évaluer ses impacts et dépendances à la nature relève désormais pleinement de la stratégie d’entreprise, afin d’identifier, prioriser et piloter ses risques et opportunités. Et ainsi renforcer sa résilience. Les outils et méthodologies permettant d’accompagner cette transformation sont aujourd’hui structurés et matures.
Notre métier : vous aider à vous en saisir.
Auteur principal : François Manné, consultant, Blooming
Co-auteur : Kevin Mozas, associé cofondateur, Blooming
A propos de Blooming
Depuis 2020, Blooming guide les acteurs de l’économie dans l’intégration des enjeux liés à la Nature et à la Biodiversité, sur l’ensemble de leur chaîne de valeur et de leur business model. Parce que nous dépendons tous de la nature, nous accompagnons les entreprises, collectivités et organisations de toutes tailles et de tous secteurs dans la compréhension, l’évaluation et le pilotage de leurs impacts, dépendances, risques et opportunités liés à la biodiversité. Grâce à notre expérience, notre expertise méthodologique et notre connaissance des cadres réglementaires et volontaires, nous aidons nos clients à transformer ces enjeux en plans d’action concrets, robustes et adaptés à leurs réalités opérationnelles.
N’hésitez pas à nous contacter ou à consulter notre site internet pour découvrir l’étendue de nos accompagnements.
Sources :
- EcoLogic, « Les appareils électriques dans les foyers français (étude) »
- Lacombe Florian, ORDIF « Déchets d’équipements électriques & électroniques : près de la moitié des déchets d’appareils captés », 2023
- GÉRARDIN Maxime et FERRIÈRE Simon, 2025. « Décarbonation de l’acier et des métaux de base : envoyons les bons signaux. La Note d’analyse. Janvier, n° 149 » France Stratégie. ;
- EcoInfo, CNRS « Les matériaux dans les équipements terminaux », 2014,
- World Economic Forum, “Nature Positive: Role of the Mining and Metals Sector”, 2025
- Cattaneo Clémence, Centre National d’Etudes Spatiales (CNES),
- Mining intelligence and sales leads :
- Akcil, Ata, et Soner Koldas. « Acid Mine Drainage (AMD): causes, treatment and case studies ». Journal of Cleaner Production, Improving Environmental, Economic and Ethical Performance in the Mining Industry. Part 2. Life cycle and process analysis and technical issues, vol. 14, no 12 (2006): 1139‑45.
- BRGM, « Les drainages miniers acides »
- Silveira Nathália C. G., Martins Maysa L. F., Bezerra Augusto C. S., and Araújo Fernando G. S., “Red Mud from the Aluminium Industry: Production, Characteristics, and Alternative Applications in Construction Materials—A Review”, 2021;
- Hasanbeigi, A., Springer, C., Shi, D. 2022. Aluminum Climate Impact 2022 – An International Benchmarking of Energy and CO2 Intensities. Global Efficiency Intelligence. Florida, United States.
- Baude Manuel, Calipel Clare, Le Pierrès Océane, Duvernoy Jérome, Huyghues Despointes Hervé, Mesqui Bérangère, Ministère de la transition énergétique, institute for climate économics, « datalab : chiffres clés du climat », 2022
- Brunstein Aurélie, Gibert Axèle, Morel Margaux, Réseau action climat « 50 sites industriels les plus émetteurs de CO2 », 2025
- Venesque Marie, « En quoi la transformation de la filière du charbon de bois en France, caractérisée par un essor de la production, peut-elle contribuer à la bonne santé des forêts françaises faisant partie de sa chaîne d’approvisionnement ? », Sciences de l’environnement, 2021
- IFREMER, « Les nodules polymétalliques, des galets de métaux dans les abysses »,
- Silva Rotta Luiz Henrique, Alcântara Enner, Park Edward, Galante Negri Rogério, Nina Lin Yunung, Bernardo Nariane, Gonçalves Mendes Tatiana Sussel, Souza Filho Carlos Roberto, “The 2019 Brumadinho tailings dam collapse: Possible cause and impacts of the worst human and environmental disaster in Brazil”, International Journal of Applied Earth Observation and Geoinformation, Volume 90, 2020, https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0303243420300192
- Benedini Clara, Aulanier Hugues-Marie, « Guerre et transformation bas-carbone : d’une dépendance des énergies fossiles vers celle des métaux ? », carbone 4, 2022
- Conseil de l’union européenne, « Législation sur les matières premières critiques », 2026,